210 000. C’est le nombre de personnes qui, chaque année, voient leur identité dérobée en France, des chiffres qui rappellent que ce fléau n’a rien de marginal. Les fraudeurs n’ont aucune limite : ils fouillent les poubelles, subtilisent des documents ou opèrent en ligne pour rafler mots de passe, coordonnées bancaires ou numéros de sécurité sociale. Phishing, logiciels espions, vente de « packs d’identité » sur le marché noir, tout est bon pour piller une vie privée et la transformer en marchandise. Dalila Bouhezila, présidente de l’association « Nous avons volé mon identité », raconte : « Au marché noir, une identité complète peut s’acheter entre 3 000 et 5 000 euros. On y trouve des copies et parfois même des originaux de pièces d’identité, de feuilles de paie, de quittances de loyer ou de RIB. » Derrière ces chiffres, la réalité est brutale : les victimes héritent bien souvent de dettes, de procédures interminables, parfois même d’une convocation devant la justice pour des faits qu’elles n’ont jamais commis. Le Credoc évalue le coût moyen pour une victime à plus de 2 200 euros, sans compter l’impact psychologique et les mois, voire années, de batailles administratives. Mais si ce cauchemar a ses conséquences, il existe aussi des moyens d’en sortir, à condition d’agir sans tarder et de ne négliger aucune démarche.
Vol d’identité : agir sans attendre
Dès le moindre soupçon ou à la moindre alerte d’utilisation frauduleuse à votre nom, la première étape consiste à se rendre immédiatement au commissariat ou à la gendarmerie afin de déposer plainte contre X. La loi prévoit un an de prison et 15 000 euros d’amende pour l’auteur, selon l’article 226-4-1 du Code pénal. Il faut exposer l’ensemble des faits dans le détail, fournir tout élément utile et constituer un dossier complet : autant de chances d’aider les enquêteurs à retrouver l’auteur de l’usurpation.
Ensuite, il faut prévenir, sans tarder, tous les organismes impliqués. Adressez une lettre recommandée à votre banque, joignez-y la copie de votre dépôt de plainte, et procédez de la même façon auprès des administrations comme la CAF ou la mairie, quand bien même elles ne semblent pas directement concernées. Quand l’ampleur de la fraude n’est pas claire, le réflexe doit être d’informer le maximum de parties prenantes. Une victime peut aussi consulter un avocat, surtout si l’usurpation permet à l’auteur de contracter des dettes ou de commettre un délit. Ce professionnel pourra intervenir rapidement si la situation se complique.
En cas d’opérations bancaires frauduleuses
Si l’on découvre qu’on est interdit bancaire ou fiché à la Banque de France sans jamais avoir commis d’incident, il faut réagir vite. Rendez-vous sur place ou adressez-leur un courrier (section dédiée à la relation avec le public), accompagné d’une copie de votre pièce d’identité. La Banque analysera le dossier pour vérifier s’il s’agit d’un homonyme ou d’une véritable usurpation. En cas de vol confirmé, il sera nécessaire de fournir la plainte ainsi que, si besoin, la déclaration de perte ou de vol des documents concernés. L’établissement transmet alors le dossier aux banques impliquées. Ce dossier portera la mention « identité usurpée », afin de couper court à toute nouvelle tentative de crédit ou d’ouverture de compte. Un courrier officiel vous sera ensuite envoyé : il permet de rétablir votre situation auprès des banques impactées.
Il est aussi primordial de prévenir votre banque afin qu’elle surveille vos comptes. Un mouvement suspect ? Signalez-le immédiatement et demandez, plainte à l’appui et par recommandé, le remboursement des sommes débitées à votre insu. Plus vous agirez vite, plus vous limiterez les pertes.
Identité numérique usurpée : comment réagir ?
Lorsque vos données personnelles circulent en ligne sans votre accord, nom, adresse, photos, voire messages diffamants, il faut obtenir leur retrait au plus tôt auprès du gestionnaire du site hébergeur. Un modèle de courrier type est proposé sur Cnil.fr pour formuler une demande claire et formelle. Conservez sans faute toutes les captures d’écran : ces éléments constituent votre meilleure preuve. Passé un délai de deux mois sans résultat, la CNIL peut être saisie grâce au formulaire prévu à cet effet. Joignez tous vos justificatifs pour étayer votre demande. La Commission prendra contact avec le site pour faire supprimer ces données volées.
Un faux profil Facebook à votre nom
La création d’un profil Facebook à votre identité n’est pas anodine : le but, bien souvent, est de soutirer de l’argent à vos proches ou de nuire à votre réputation. Il faut alors signaler ce compte dans l’immédiat via les outils de signalement de la plateforme, en sélectionnant la rubrique « contenu abusif ». Chaque démarche doit être documentée : gardez systématiquement des captures d’écran. Si, au bout de deux mois, Facebook n’a rien fait, il reste possible de saisir la CNIL qui prendra le relais.
Amende injustifiée, que faire ?
Se voir réclamer une amende pour une infraction qu’on n’a jamais commise, excès de vitesse, PV à des dates ou lieux impossibles, c’est un scénario devenu trop courant quand l’identité a été usurpée. La première chose à faire reste de porter plainte auprès des forces de l’ordre, au plus vite. S’il est possible, demandez une confrontation avec l’agent verbalisateur pour corriger l’erreur. Dans le cas contraire, rassemblez toute pièce pouvant prouver que vous étiez ailleurs (attestation d’employeur, certificat médical, facture d’hôtel, etc.).
Adopter les bons réflexes pour limiter les risques
Pour prévenir au maximum le vol d’identité, voici quelques gestes à adopter au quotidien :
- Détruire soigneusement tout document contenant des informations personnelles (RIB, numéro de Sécurité sociale, factures, courriers administratifs) avant de s’en débarrasser.
- Consulter régulièrement ses relevés bancaires, pour repérer toute opération inhabituelle.
- Si un vol est constaté, retirer au plus tôt les RIB présents dans le chéquier.
- Employer des mots de passe robustes, uniques pour chaque service ou appareil, et songer à les changer au moins une fois par an.
- Mettre à jour antivirus et pare-feu sur tous les appareils connectés.
- Ne jamais transmettre d’informations confidentielles par téléphone ou via des liens reçus en courriel, même si l’expéditeur semble officiel : les fraudeurs savent imiter à la perfection.
« Mon identité avait servi lors d’un mariage blanc », Témoignage
Dalila Bouhezila, présidente de l’association « Nous avons volé mon identité »
En 1998, alors que je rassemblais les pièces pour mon mariage, l’état civil m’a signalé que j’étais déjà mariée. D’abord, j’ai imaginé une simple erreur administrative. Mais en réalité, deux extraits de naissance avaient été expédiés vers une boîte postale parisienne, sur requête de l’usurpatrice. J’ai envisagé tous les scénarios, jusqu’au crime grave et la revente de mon identité. Impossible d’envisager un voyage à l’étranger tant la peur d’une arrestation m’obsédait. J’ai appris que mon identité avait permis un mariage blanc, l’ouverture de comptes en banque et l’accès à des prestations sociales. Six ans de démarches pour annuler ce faux mariage. À force de recherche et de ténacité, j’ai acquis assez d’expérience pour fonder l’association « Nous avons volé mon identité ». Aujourd’hui, je soutiens les victimes et j’exige que l’État mette en place une cellule dédiée, car rien n’indique que le phénomène ralentisse. Pire, la France reste nettement en retrait par rapport à d’autres pays.
* Association Nous avons volé mon identité, [email protected], 06 28 20 97 38
Le vol d’identité impose des cicatrices durables, longtemps après que les dossiers sont clos. Refuser de céder, c’est déjà amorcer la reconquête de son histoire.

